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Les écrivains que j’aime lire à voix haute ne cherchent pas à expliquer le monde mais à l’exprimer. La précision, l’exactitude, la maîtrise avec lesquelles ils manient le langage, les préservent de toute illusion quant à rendre compte directement du monde.
Le texte, objet d’art littéraire est à lire comme une carte où le réel se produit sur une autre scène. Le texte est l’espace qui inscrit ce déplacement du réel sur la scène de la pensée, en conserve les traces, les parcours, les itinéraires. Les mots en sont l’ombre portée, la mesure de l’écart.

Louise Ackermann Tchinguiz Aïmatov Louisa May Alcott Anna Akhmatova Ylljet Aliçka Hans Christian Andersen Jean Anouilh  Guillaume Apollinaire Farid-ud-Din Attar Samira Azzam Gaston Bachelard Baffo Alessandro Baricco Issac Singer Bashevis Matsuo Basho Georges Bataille Charles Baudelaire Samuel Beckett Rajae Benchemsi Anouar Benmalek Yamina Berrabah Philippe Besson Karen Blixen Jorge Luis Borges Joë Bousquet Nicolas Bouvier Richard Brautigan Alfredo Bryce-Echenique Ken Bugul Dino Buzzati Olivier Cadiot Roger Caillois Italo Calvino Albert Camus Elias Canetti Lewis Carroll Camilo José Cela Paul Celan  Louis-Ferdinand Céline Blaise Cendrars Miguel de Cervantes Andrée Chedid Mohamed Choukri Frédéric Clément Albert Cohen Colette Edward Estlin Cummings Alphonse Daudet Gilles Deleuze Erri De Luca Mohamed Dib Emily Dickinson Dimitris Dimitriadis Fédor Dostoïevski Jean Dubuffet Marguerite Duras Lawrence Durrell Saïd El Haji Elzbieta Annie Ernaux  Gustave Flaubert Alain Fournier Frankétienne Federico Garcia Lorca Laurent Gaudé Jean Genet Sylvie Germain Jean Giono Goethe Georges-Arthur Goldschmidt Witold Gombrowicz Julien Gracq Michelle Grangaud Les Frères Grimm Salah Al Hamdani Peter Handke Hugo Hamilton Bernard Heidsieck Ernst Herbeck Hermann Hesse Nâzim Hikmet Vladimir Holan Victor Hugo Eugène Ionesco Kobayashi Issa Tahar Ben Jelloun Pierre Jourde James Joyce Roberto Juarroz Yasmina Khadra Yasunari Kawabata Jack Kerouac Ahmadou Kourouma Agota Kristof Louise Labé Jean de La Fontaine Selma Lagerlöf Fouad Laroui D.H Lawrence Harper Lee Huguette Légaré Dyane Léger Jack London Gherasim Luca Carson Mac Cullers Pierre Mac Orlan  Antonine Maillet Alberto Manguel Joyce Mansour Léonora Miano Henri Michaux Pierre Michon Henry Miller Philippe Minyana Yukio Mishima Manuel Vazquez Montalban Esla Morante Marcel Moreau Pablo Neruda Valère Novarina George Orwell Ludmila Oulitskaïa Véronique Ovaldé Arto Paasilinna Alexandre Papadiamantis Jean-Luc Parant Emilia Pardo Bazan Ambroise Paré Mervin Peake Ernest Pépin Georges Pérec Léo Perutz Antoinette Peské Fernando Pessoa François Place Edgar Poe Francis Ponge Maurice Pons Claude Ponti Jean-Bernard Pouy Catherine Pozzi Christian Prigent Marcel Proust Pascal Quignard Nathalie Quintane Raymond Queneau François Rabelais Charles-Ferdinand Ramuz Grisélidis Réal Jacques Rebotier Arthur Rimbaud Yannis Ritsos Merce Rodoreda Isabelle Rossignol Jacques Roubaud Juan Rulfo Lydie Salvayre Goliardo Sapienza Dorothy Scaborough Victor Segalen Dorothy Scarborough Sei Shônagon Gertrude Stein Laurence Sterne Jules Supervielle Patrick Süskind Véronique Tadjo Junichiro Tanizaki Christophe Tarkos Anton Tchekhov Michel Tournier Amos Tutuola Tomi Ungerer Anaïs Vaugelade Jules Verne Tarjei Vesaas Louise de Vilmorin Ellio Vittorini Robert Walser Virginia Woolf Marguerite Yourcenar Fabienne Yvert Amin Zaoui Zyranna Zateli...


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Machine à lire, Ramelli, 1588
 

Les bibliothèques Michel Butor
Rangés dans leurs casiers comme des bouteilles les volumes fermentent à l'intérieur de la grande cave aux lampadaires doux sur les fronts ridés ou bouclés qui se penchent dans le déchiffrement de leurs annotations. Par ici les dictionnaires, l'espalier des langues; dans cette galerie les cristallisations des sonnets et des haïku, la joaillerie des ballades. On ouvre une grille et c'est la haute salle de lecture avec ses verrières qui répercutent les somnolences, les feuillettements, les émerveillements. Comme une vrille de volubilis la longue phrase s'entortille autour de la rambarde qui longe les balcons des romans-fleuves avec leurs péniches de familles, d'héritages, d'affrontements, d'effondrements, d'écœurements et de baisers. Plus loin les rayons de l'Histoire Naturelle avec les herbiers et les flores; les oiseaux, s'envolant quand on tourne les pages, virent autour des colonnes de fer, effleurent les crânes et reviennent dormir dans leur volière de cuir ou de toile; les rugissements des fauves et le passage des poissons devant ces fenêtres d'aquarium.
Quelques marches et voici les bibles enluminées sous leurs vitrines, les recueils d'estampes avec trompettes, chimères, désastres et caprices, les albums avec leurs introductions et détails en noir ou en couleurs; puis on débouche sur les atlas, les guides, les horaires, les photographies des pays lointains - à nous les oasis, les archipels, les icebergs, les palétuviers! -, l'alcool des traductions, le parfum des originaux.
Une porte semblable à celle d'un coffre-fort mène aux manuscrits dont les paraphes et les accents se retournent dans leurs draps tranquilles, surveillés par leurs infirmières chuchotantes qui les aèrent et les caressent. Certains ont des chambres particulières avec divans, fauteuils, bibelots, microscopes et lanternes de projection; et l'on pourrait continuer jusqu'aux laboratoires où l'on fait avouer les palimpsestes, les encres de sympathie, on développe les clichés; où l'on analyse les fibres, on décolle et recolle, tranche, baigne, recoud, reconstitue dans un virevoltement perpétuel de paragraphes et de signatures, avec le tintement des éprouvettes et les fustigations des machines à écrire. Délices de ces appartements, de ces suites à pupitres et miroirs, monte-charges, tapis roulants, enregistreurs et décodeurs, tapisseries et gardemanger.
La laine des siècles s'y amasse en nuages de phylactères sentencieux. Et tout en bas les fichiers, les ordinateurs, les cliquètements des bobines, les sas pour le profond hangar où l'on nourrit les satellites beaux parleurs, l'observatoire des échos.
Michel Butor In, Anthologie nomade