lire.à voix haute

Articles de Frédérique Bruyas

frédérique bruyas

LIRE À VOIX HAUTE
Récemment, la ville de Saint-Ouen (Seine Saint Denis) a souhaité organiser des lectures publiques dans des halls d'immeubles des quartiers populaires. Dans le même temps, l'acteur Fabrice Luchini investit, livre en main, les théâtres parisiens, pour y déverser d'époustouflantes lectures. Depuis quelques années, plusieurs associations de lecteurs publics se sont créées, répondant aux demandes de lieux culturels les plus diversifiés : bibliothèques, cafés littéraires, salons du livre...

télécharger la suite (pdf)

DES YEUX À LA BOUCHE : LE LIVRE, L'OBJET D'UN RITUEL DE PASSAGE
Lire en silence pour pénétrer des existences autres, pour démultiplier la sienne propre. Je lis à voix haute pour me pénétrer de ma propre existence. J’aurais bien du mal à savoir ce qu’elle recouvre mais je sens qu’elle s’enracine dans la voix qui dit les mots de l’autre. Ceux qui par la pensée de celui qui écrit les a rendus plus vrais, plus épais, plus charnus, en réalité plus denses. L’équilibre d’une phrase qui sonne, me donne un sentiment d’accomplissement, une envie terriblement physique de m’en emplir la bouche. Je réalise que la bouche est pour moi une ouverture essentielle et en même temps une grotte, une cavité formidable, une caisse de résonance.

télécharger la suite (pdf)

LE RETOUR DE L'ÉCRITURE
Les écrivains que j’aime lire à voix haute ne cherchent pas à expliquer le monde mais à l’exprimer. La précision, l’exactitude, la maîtrise avec lesquelles ils manient le langage, les préservent de toute illusion quant à rendre compte directement du monde.
Le texte, objet d’art littéraire est à lire comme une carte où le réel se produit sur une autre scène. Le texte est l’espace qui inscrit ce déplacement du réel sur la scène de la pensée, en conserve les traces, les parcours, les itinéraires. Les mots en sont l’ombre portée, la mesure de l’écart...

télécharger la suite (pdf)

LECTURE ÉLÉMENTAIRE
Parler et perdre dans l’habitude du discours quotidien les sensations premières liées à la parole. Á commencer par la préhension de la bouche, les clapotis de la langue, les mouvements de la mâchoire et des dents ; toutes les outrances que le jeu social réprime. Lire à voix haute et garder une relation faite d’émerveillement avec sa langue et avec tout ce qui s’articule dans le corps. La jubilation liée à une écriture est faite d’un savoureux mélange de l’esprit et du corps qui désirent l’incarner en formant les sons de cette langue inouïe.
Celui qui travaille avec la langue de l’autre fabrique des êtres sonores. Ce besoin de pénétrer, d’aller à l’intérieur d’une écriture vient avant tout d’une séduction de la langue. Le besoin de sentir domine le besoin de voir. C’est une communion par le dedans au dehors. Cette nécessaire dépense organique suscite en moi des sensations qui me ramènent à la Terre et qui me sont de plus en plus essentielles dans mon désir de lire à voix haute.

télécharger la suite (pdf)

SILENCES
Quelle plus étrange connivence que celle ressentie avec la pensée d'un inconnu !
La lecture est affaire spirituelle; il arrive parfois que rien de ce que je lis ne fasse obstacle à ma pensée, que les paroles inscrites sonnent à mes oreilles comme un silence entendu. Seul ce trouble-là me donne l’élan de lire à voix haute, avec l’obstination de découvrir quelle sera la musique de ce silence, nourrie d’un mélange de timbre et de vitesse. Parfois il demanderait de la lenteur, parfois seule la trace laissée par la vitesse...

télécharger la suite (pdf)

ÉCOUTER LA LANGUE DU POÈME
Tout acte musical est précédé d'une écoute intérieure, qui s'ouvre ensuite sur l'extérieur. Celle-ci se caractérise par une intention d'entendre, qui représente un déconditionnement de nos habitudes d'écoute, un retour à l'expérience originaire de la perception. « Transformer toutes nos habitudes en habiter », c'est changer notre posture de perception : « Cette tâche prend acte d'une dénivellation dans le monde et dans la langue »...

télécharger la suite (pdf)